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Forum Social Mondial

Témoignage du Forum Social Mondial

mardi 10 février 2009, par Benji

Un nouveau Forum Social Mondial s’est tenu à Belèm, au Brésil, du 27 janvier au 1er février 2009. Voici une description du FSM comme si vous y étiez, par Bernard Dréano :

Un forum écologique et populaire

"Le Forum social mondial des Amazones qui s’est tenu du 27 janvier au 1 février 2009 à Belém (Brésil) est un incontestable succès. Les organisateurs attendaient au maximum 80 000 participants, il y en a eu 130 000. La majorité de ces participants avait moins de 30 ans. La présence à Belém de cinq chefs d’Etat (Brésil, Venezuela, Equateur, Bolivie, Paraguay), lors d’une réunion publique en marge du Forum proprement dit, est un signe de l’impact de celui-ci, en tout cas en Amérique Latine. Les travaux de plus de 2000 séminaires et assemblées ont été dans l’ensemble fructueux. Les résultats des « assemblées thématiques » qui se sont déroulées à la fin du Forum, ainsi que le renforcement de certains réseaux internationaux qui s’est manifesté pendant toute sa durée, indiquent une volonté et capacité d’agir en commun à l’échelle internationale de nombreux mouvements et organisations des sociétés civiles. C’est notamment le cas sur les questions relatives à la crise financière, aux migrations, à la défense des droits civiques et sociaux, aux droits des peuples indigènes, aux luttes des femmes, aux questions urbaines, etc., et tout particulièrement aux questions d’écologie dans leurs dimensions environnementales et sociales. Quelques jours après la fin de l’agression israélienne à Gaza, la solidarité mondiale avec le peuple palestinien a été très fortement affirmée.

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L’Amazone

Ce Forum a également présenté quelques limites et difficultés. Des problèmes organisationnels inhérents à une manifestation de cette taille. Si la mobilisation brésilienne des mouvements de l’Etat du Para, de la région amazonienne, du reste du Brésil, et en particulier de la jeunesse, était impressionnante, la présence internationale souffrait de certaines lacunes. Bien entendu, malgré les efforts de certains réseaux pour assurer solidairement leur acheminement, les militants d’Afrique, d’Asie du Sud, du monde Arabe n’étaient pas numériquement très nombreux (mais politiquement très actifs). On peut par contre déplorer, comparativement à des Forums précédents, la présence relativement limitée de certains mouvements du Nord, des Etats Unis, d’Europe du Nord ou d’Italie. Les organisations françaises elles étaient diverses, actives et leurs militants nombreux. Un événement tel qu’un Forum Social Mondial est par nature foisonnant, divers et complexes. Vous trouverez ci-dessous deux illustrations de ce Forum, Un forum solaire… et pluvieux, regard subjectif sur le FSM 2009 sur et Et nous serons fils de la joie un compte-rendu d’ateliers sur l’écologie sociale.

Bernard Dreano

Le 6 février 2009

Un forum solaire…et pluvieux

Un Forum social mondial, il faut d’abord y arriver… Ce qui n’a rien d’évident pour le militant qui doit jongler avec ses occupations professionnelles, sa vie de famille et son engagement. Cela signifie être en retard et courir du bureau… à Belém ! Le sympathique chauffeur de taxi guadeloupéen qui me conduisait à Roissy m’a offert pour le voyage…un évangile selon Saint Jean dans une édition adventiste. Un avant goût du Brésil ou ce genre de mouvements chrétiens évangélistes et adventistes prolifère ?

Amazon star

Le voyage est cher, et long, il faut descendre dans l’hémisphère sud jusqu’à Rio ou Sao Paulo et remonter au delà de l’équateur à l’embouchure de l’Amazone. Quelques milliers de kilomètres qui signifient nuit d’avion, attente au petit matin dans un aéroport, etc... Occasion de discuter avec mes compagnons de voyage, deux membres du Secours Catholique (Caritas-France), Michel et François (ce dernier est même le président du Secours) et une journaliste des Echos (Tiens, ce journal s’intéresse aux altermondialistes ?). Dans l’avion Rio-Belém, nous retrouvons de nombreux autres militants français, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), du Mouvement de la Paix, de la Ligue des droits de l’homme (dont Jean Pierre Dubois, encore un président de mouvement). Nous sommes parmi les derniers, le gros des troupes est déjà arrivé. Direction, l’Amazon Star, le bateau du CRID !

Le CRID ? Un bateau ?

Le CRID (Centre de recherche et d’information sur le développement) est une coordination d’associations de solidarité internationale de diverses origines qui rassemble cinquante six mouvements, représentant 7500 groupes locaux, 180 000 militants. On y retrouve aussi bien le Secours Catholique, le CCFD, le Mouvement de la Paix ou la Ligue des droits de l’Homme déjà cités, que Peuples solidaires, Artisans du Monde, Accueil paysan, Agir Ici (Oxfam France), le Secours populaire, la Fondation France Liberté, Greenpeace, le Secours islamique, Survie, Emaüs international, l’Union juive française pour la paix, l’association des Petits débrouillards, etc., et le réseau dont je suis membre : Initiative pour un autre monde (IPAM). IPAM c’est le Cedetim (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), créé il y plus de quarante ans, et ses associés, l’AITEC (association internationale des techniciens, experts et chercheurs), Amorces, Echanges et partenariat, l’Assemblée européenne des citoyens (Helsinki Citizens’ Assembly France), le centre de documentation Cedidelp. Je vous sens perdre pied dans cet enchevêtrement de mouvements… revenons donc à Belém, et à son bateau…

Belèm est une ville de 1 500 000 habitants (capitale du Para, 9 millions d’habitants), mais qui ne dispose pas d’une énorme infrastructure hôtelière. Or 130 000 personnes vont participer au Forum (on en prévoyait 80 000) ! Bien sûr beaucoup du coin, mais cela signifie tout de même loger des dizaines de milliers de gens. Belém est une ville de pèlerinage (la vierge de Nazaré), séminaire, couvents, écoles catholiques ou publiques ont ouvert leurs portes, mais d’abord pour les Brésiliens. Le CRID veut réussir un effet « délégation » qui a si bien fonctionné lors de précédents forums, donc avoir une bonne partie de ses membres logés à la même enseigne, impossible dans les hôtels, sauf au Hilton ! D’où le choix du bateau amazonien aménagé pour l’occasion (un dortoir de lits a remplacé le dortoir de hamacs peu familier aux dormeurs français). Des conditions rustiques (toutes petites cabines et dortoirs), quasi l’aventure !

Une délégation du CRID ? Cela ne risque-t-il pas de créer un ghetto franco-français, loin de la réalité du Forum ? En fait, comme lors des forums précédents, les associations du CRID ont préparé ensemble ce Forum (plus de la moitié des associations membres, et toutes les principales, seront représentées à Belém). Des partenaires étrangers d’associations du CRID sont là, du Kirghizistan au Burkina Faso, en passant par l’Amérique Latine. On parlera aussi Anglais ou Espagnol sur le bateau. D’autres associations, non CRID, les accompagnent, des Amis de la Vie (l’hebdomadaire catholique) à ATTAC. En tout, presque 300 personnes. Par contre tous les militants des associations ne sont pas forcement sur le bateau, ainsi des membres d’IPAM sont en ville, à l’hôtel ou chez l’habitant, par exemple avec les No Vox (le « réseau international des « sans »), un volontaire d’Echange et partenariat participe au comité organisateur, etc... De plus, vu la grande diversité des membres du CRID, chacun a son propre agenda, ses correspondants locaux et internationaux, etc. Mais le matin à 7h, sur le pont de l’Amazon Star, chacun peut rapidement expliquer aux autres ce qu’il va faire, attirer leur attention sur un aspect du Forum peu visible, etc.… Enfin, ce même pont sera utilisé pour deux débats en soirée, un sur la Guyane française et l’autre sur le travail esclave en Amazonie.

Mais notre bateau, avec sa tourista rampante, ses bobos bénins ou ses malades, son linge qui ne sèche pas, ses cabines un peu rouillées, son dortoir de migrants, ses rencontres multiples et ses petits déjeuners chaleureux, va devenir une (petite) légende de ce forum.

Moi je ne récupérerai une précieuse couchette en cabine que tard dans la soirée du premier jour. Après la manif.

Pan-amazônica

Les hardis marins d’eau douce du CRID sont allés en cortège rejoindre la grande parade d’ouverture du Forum. Malgré notre incapacité congénitale à scander les slogans en rythme, les brésiliens accueillent les Frances avec une chaleur particulière. Les cortèges de tambours (et de bidons) façon batucada (mode de percussion de Rio, populaire partout), maracatu (du Nordeste), les pas façon carimbo à l’indienne du Para, ont vite fait vibrer tout le monde. Il y a des dizaines et des dizaines de milliers de personnes, des Brésiliens essentiellement, énormément de jeunes, les autres vite mêlés à l’enthousiasme général. Et la pluie commence à tomber. Une pluie dense mais rapide qui va vite sécher ? Non une pluie dense mais continue qui trempe copieusement la manif, pas l’enthousiasme. Il est vrai qu’il y a deux saisons ici, la saison « sèche » où il pleut tous les jours, et la saison des pluies, celle où nous sommes, où il pleut toute la journée (enfin heureusement pas vraiment). Et que le régime des pluies, jadis très régulier, a tendance à se modifier.

FSM Belèm 2009

Une amie militante socialiste lyonnaise ma offert la protection, vite illusoire, d’un bout de parapluie. Sous la douche, nous avons perdu le cortège du CRID, mais elle me présente une voisine de manif, une jeune femme souriante, qui, avant que j’aie compris de qui il s’agissait, m’embrasse chaleureusement. C’est Heloisa Helena la candidate du Parti Socialisme et Liberté (PSoL) qui a fait 6,8% des voix aux dernières présidentielles. Ce parti a été fondé en 2003 par des militants de la gauche du Parti du Travail (PT) de Lula. Une sorte de Besançenot locale, très populaire dans la jeunesse étudiante et lycéenne.

Sur le parcours, je remarque que tous les bâtiments officiels de l’Etat du Para sont décorés de panneaux souhaitant plein succès au Forum. Le logo de l’Etat est toujours accompagné de la mention governo popular. La governadora du Para, Ana Julia Carépa, membre du PT, vient d’accueillir deux Forums distincts du FSM proprement dit, le Forum des Juges, et celui consacré au thème Science et démocratie. Il y aura aussi ensuite le Forum des autorités locales, animé notamment par des collectivités locales brésiliennes, françaises et espagnoles et la ville de Nanterre y est particulièrement active.

Il n’y a pas que les bâtiments de l’Etat qui nous font des signes de bienvenue. Sur les murs du collège catholique des maristes, le sigle du Forum Social Mondial et une grande banderole : Un outro mondo e possivel. Des syndicats nous souhaitent bon travail dans de grands panneaux publicitaires, etc.

Des indiens amazoniens remontent le cortège en groupes compacts. Ils convergent vers la tête avant la fin de la manif qui s’annonce là bas, du coté de la gare routière et de la fin de l’averse car l’arrivée leur est consacrée. Ils doivent défiler en tête, ethnie par ethnie. Un événement historique. Le forum est, rappelons-le, Forum mondial des Amazones et les questions des droits des peuples indigènes va y occuper beaucoup de place.

Il ne pleut plus. J’ai retrouvé Gustave Massiah, le président du CRID et membre d’IPAM, et nous avons rendez-vous, quoique trempés, avec nos partenaires d’Alternatives International (Alter-inter). Il s’agit de faire le point sur les diverses initiatives que les uns ou les autres organisent pendant le Forum, et de parler plus particulièrement avec nos amis israéliens et palestiniens de ce qu’il faut faire concernant Gaza. Tout le monde arrive en ordre dispersé (sauf nos amis Sud-Africains qui ne sont pas là), d’Alternatives (Canada), de Terrazul (Brésil), d’Alternatives Espaces Citoyens (Niger), de l’Alternative Information Center (Israël), du Forum Alternatives Maroc (FMAS), du Teacher Creativity Center (Palestine), d’ Alternatives Asia (Inde) et nous, Initiatives pour un autre monde. Nous sommes fatigués, mouillés, la réunion tourne court, mais tout le monde est opérationnel.

Le lendemain, la première journée du Forum et pour l’essentiel consacrée à la région de l’Amazone. Un forum pan-amazonien qui fait suite à plusieurs initiatives régionales ces dernières années, symptomatique d’une nouvelle prise de conscience. La région abrite la plus grande (et menacée) forêt de la planète, son poumon vert, et le quart de son eau douce. 65% du bassin amazonien est au Brésil, mais cela concerne aussi la Bolivie, le Pérou, l’Equateur, la Colombie, le Venezuela, la Guyana, le Surinam… et la France (Guyane). Des militants du CRID, de France Liberté (dont sa présidente Danielle Mitterrand) et d’autres associations sont symboliquement passés par Cayenne pour venir à Belém et les Guyanais de diverses associations et sensibilités politiques sont bien là, ce qui constitue un petit événement dans ce Forum.

Pour ce qui me concerne, je dois récupérer mon accréditation et mon trousseau de parfait forumiste qu’Hélène (d’IPAM) a pris pour moi, et dont j’apprends, par la magie d’un SMS qu’ils sont entre les mains d’Hamouda (du Maroc), sous la tente de Cuba ! (Ne vous inquiétez pas nous fonctionnons comme ça). Les Cubains ont en effet installé une vaste tente célébrant « 50 ans de révolution, 50 ans de victoires ! ». J’y retrouve Leila Rhiwi du Maroc et des Palestiniennes qui attendent les autres membres d’Alter-inter dans ce lieu facile à trouver dans le grand campus de l’université fédérale UFRA. Les gens viennent saluer les Palestiniennes aisément identifiables, manifester leur solidarité. En attendant Hamouda, je regarde la vidéo qui passe en boucle, des discours de Castro jeune et du Che et des images de révolution, des discours de Castro vieux et des images de dépliant touristique. Leila et moi partageons le même sentiment, l’impression d’un disque rayé et de propagande éculée. Pourtant ce stand ne désemplira pas. On y verra des personnalités brésiliennes et autres, dont Ségolène Royal. Sans illusions sur ce qui se passe à Cuba la grande masse des militants progressistes du Brésil, comme dans le reste de l’Amérique Latine, continue à y voir le symbole de la résistance à l’impérialisme yankee.

Tout cela a laissé à Hamouda le temps d’arriver, et chacun va partir faire ce qu’il a à faire."

La suite à lire prochainement sur le site de la ZEP

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